Paroisse Saint Paul du Rhône
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Conte : Le village aux portes fermées

C’était un 24 décembre vers minuit...


 

LE VILLAGE AUX PORTES FERMEES

Dans un pays peut-être pas très loin d’ici, il y avait un village aux portes fermées. Les gens qui y vivaient avaient des cœurs fermés comme leurs portes. Personne ne parlait à ses voisins, ne prêtait rien, ne donnait rien. Chacun gardait pour soi ce qu’il avait. Et dans les maisons aux rideaux tirés, on enfermait à clé dans les placards le pain, le vin, le linge et les souliers.
Au bout du chemin, il y avait une chaumière abandonnée dont la porte battait au vent car plus personne n’y vivait depuis longtemps.

Un soir de pluie une fille toute mouillée entre dans le village. Elle frappe à la première porte et dit :
- J’ai froid, j’ai faim et je viens de très loin. Ne pourriez-vous me donner un morceau de pain, s’il vous plaît ?
- Passe ton chemin, la fille. Nous n’avons pas de pain !
Crie une voix de femme derrière la porte.

La fille frappe à la deuxième porte et dit :
- J’ai froid, j’ai faim et je viens de très loin. Ne pourriez vous me donner un bol de lait s’il vous plaît ?
- Du lait ? As-tu de l’argent pour le payer ?
Crie une voix d’homme derrière les rideaux fermés de la fenêtre.

La fille frappe à la troisième porte et dit :
- J’ai froid, j’ai faim et je viens de loin. Est-ce que je pourrais dormir rien qu’une nuit dans votre grenier ?
- Il n’y a pas de place pour toi ici. Va donc au bout du chemin. Il y a une maison vide, tu y seras très bien.
Crie une voix de vieille femme à travers une porte tout juste entrebâillée.

La fille s’en va vers la mansarde et le bruit de ses pas sur la route mouillée frappe à petits coups aux portes fermées, aux fenêtres aux rideaux tirés.

Dans la première maison, la femme l’entend et se dit :
- Un morceau de pain… ce n’est rien.
Quand il fit bien nuit, pour que personne ne la vit, elle glissa un pain sous son manteau et s’en alla sur le chemin.

Dans la deuxième maison l’homme entend les pas de la fille et se dit :
- Un bol de lait…qu’est-ce que c’est ?
Et dés qu’il fit bien nuit, l’homme prit son cruchon de lait et s’en alla sur le chemin.

Dans la troisième maison la vieille femme elle aussi a entendu les pas de la fille sur le chemin. Et elle se dit :
- Il doit faire humide et froid là-bas. Rien que d’y penser j’ai froid moi aussi. Et puis, une place dans mon grenier…c’est peu de chose.
Et dès qu’il fit bien nuit, elle prit la clé de son grenier et elle partit sur le chemin.

Et voici que la femme, l’homme et la vieille se retrouvent devant la mansarde, l’une avec son pain, l’autre avec son cruchon de lait, la troisième avec sa clé. Ils se regardent tout gênés. La femme dit :
- ce n’est qu’un peu de pain.
L’homme dit :
- Et rien qu’un peu de lait.
La vieille soupire :
- Et rien que la clé de mon grenier.

Ils poussent la porte, ils entrent et ils sont bien étonnés. La maison est vide. Ils allument une bougie pour mieux voir : la fille a disparu. La vieille femme regarde autour d’elle puis dit timidement :
- Si on nettoyait un peu cette mansarde, si on mettait une clé sur la porte, les voyageurs qui passent auraient un endroit où loger.
L’homme dit :
- Et aussi un morceau de pain ça ne coûterait presque rien.

Alors tous les trois se regardent. Ils se sentent bien, si
bien, comme s’ils avaient reçu quelque chose de meilleur que le pain, de plus précieux que l’argent, quelque chose qui chauffe le corps et le cœur.

Et la petite bougie qu’ils ont allumée semble briller de plus en plus fort, elle semble sortir de la mansarde et éclairer tout le village.
Alors tous trois sortent en courant, ils courent vers le village en appelant :
- Réveillez-vous ! Levez-vous ! Ouvrez vos portes, tirez vos rideaux ! Venez tous écouter ce que nous avons à vous raconter !

Et ainsi, par une froide nuit d’hiver le village aux maisons et aux cœurs fermés s’ouvrit à une douce lumière qui entra dans toutes les maisons pour ne jamais en ressortir. Une lumière qui irradiait par les portes et les rideaux ouverts pour accueillir les gens de passage. C’était un 24 décembre vers minuit…






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